Un peu d'histoire

L'Association pour la Sauvegarde des Cimetières Familiaux Protestants

La plupart de nos ascendants, protestants, sont inhumés dans des cimetières familiaux établis dans un coin de jardin, de champ, entourés de murs, de pierres sèches, parfois ombragés par un pin ou un cyprès. Certains sont abandonnés faute de descendants et subissent l'outrage du temps. Ils sont particulièrement nombreux dans les cantons entre Saint Maixent et Melle qui ont été le coeur du "désert".

Depuis 1997 l'ASCFP s'est donné pour but de sauvegarder ce petit patrimoine rural original. 

  1. Rappel historique
  2. Mission
  3. Conservation
  4. Ressources

NB : Les photographies des cimetières et des tombes ont été effectuées par la faculté des Sciences Humaines et le service de l’inventaire de la DRAC.

1. Rappel historique

Quelques dates qui ont marqué l'histoire de la région :

  • 1569 : Condé est tué à la bataille de Jarnac (Charente)
  • 1570 : bataille de Moncontour (Vienne) : défaite des protestants.
  • 1598 : Edit de Nantes
  • 09/1627 à 11/1628 : siège de La Rochelle
  • 1681 : 1ères dragonnades en Poitou (intendant Marillac)
  • 1685 : révocation de l’Edit de Nantes

Si dans les premières années de la réforme, les protestants trouvaient leur place dans les cimetières catholiques, les choses se sont bien vite compliquées avec les guerres de religion.
Après le promulgation de l’Édit de Nantes, des cimetières protestants sont créés. 
A partir de la révocation, ils sont réputés appartenir au Roi.

Si c'est sous le règne de Henry IV (Édit de Traversi) que les protestants ont commencé à être chassés des «lieux sacrés», les choses ont continué a se compliquer sous Louis XIII (Édit de Septembre 1610) et encore plus sous Louis XIV.
 

De la révocation, où le protestantisme est censé avoir disparu, jusqu’à l’Édit de Tolérance, les morts sont enterrés dans la clandestinité (dans les caves, les jardins, les champs, sans marque de leur identité). Ceux qui n’ont pas de propriété sont généralement accueillis par des voisins.

Les décès peuvent être constatés devant notaire, qui rédige un acte permettant ainsi à la famille de faire valoir ses droits pour la succession.
A partir de la Déclaration du Roy du 9/04/1736, les protestants peuvent demander, après que le curé de la paroisse ait refusé l’inhumation, un permis auprès du juge de proximité. Les ordonnances des autorités donnant le permis précisent le plus souvent « à condition que l’inhumation se fasse nuitamment et sans aucun scandale ».Les cimetières protestants se recréent de manière plus ou moins clandestine et selon les dispositions des autorités locales.
A partir de 1647, les enterrements des protestants se font obligatoirement de nuit avec pas plus de 12 personnes.
Les temples et les cimetières protestants, sont démolis et rasés, et leurs emplacements affermés à des particuliers.
Surveillés par les Dragons du Roi, les protestants qui n’ont plus d’existence légale, sont alors contraints d’ensevelir leurs morts secrètement et sans laisser de trace apparente de sépulture.
Dès 1781 Malesherbes aurait obtenu la généralisation des cimetières protestants (selon W. BARREAU dans « Le cimetière protestant de l’ER de Royan ») Ainsi celui de Royan daterait de 1784.

Cette situation commence à s’améliorer en 1787 année de l’édit de Tolérance.
Toutefois, en dépit de la loi du 23 prairial an XII (elle recommande que dans les cimetières maintenant communaux, une parcelle distincte soit mise à disposition pour chaque culte particulier) et malgré les dispositions de la loi du 15 Novembre 1881 (elle permet à toutes les confessions d’enterrer leurs morts sans tenir compte des cultes pratiqués), les protestants du Poitou continuent à enterrer leurs morts dans leurs cimetières familiaux où des monuments funéraires apparaissent au milieu du XIXème siècle.
Si l’origine de cette pratique encore courante de nos jours ne fait pas de doute, l’explication de sa survivance est complexe .
Quoi qu’il en soit, les quelques milliers de cimetières familiaux qui émaillent la campagne poitevine marquent la persistance de cet usage né de l’histoire.
L’observateur attentif ne manquera pas de remarquer ces cimetières, ici et là, à l’orée d’un bois, à l’angle d’un champ, au bout d’un jardin.
Ils sont parfois clos de murs ou de haies de buis, planté d’un cyprès et les tombes y portent souvent des versets bibliques ou d’autres inscriptions intéressantes.

2. Mission

Les cimetières familiaux protestants qui forment une des particularités de notre région, sont les témoins d’une page importante de l’histoire de celle-ci.
A ce titre, ils constituent un élément fort de notre patrimoine.

Si un grand nombre d’entre eux sont heureusement parfaitement entretenus par leurs propriétaires, certains sont maintenant abandonnés, comme «sans maîtres» car :

  • tombés en déshérence suite à l’extinction des familles propriétaires,
  • devenus sans accès suite à la vente des biens dans lesquelles ils étaient enclavés et omission par le notaire à l’occasion des dites ventes de signaler leurs présences et les servitudes y attachées,
  • oubliés des descendants des défunts et/ou non entretenus par ces derniers pour des motifs divers.

A la lumière de ce qui précèdent; afin d’éviter que ce patrimoine ne disparaisse à jamais, quelques élus locaux et un groupe de personnes concernées, ont souhaité créer une association qui aurait pour mission d’assurer la sauvegarde de ces cimetières familiaux.

C’est ainsi qu’est née le 23 Mai 1997, l’Association pour la sauvegarde des cimetières familiaux protestants du Poitou (ASCFP).

3 - Conservation

La zone d’action de l’association est comprise dans la Région Poitou-Charentes.
Elle fait partie du «Poitou protestant».
Elle s’étend à l’Ouest jusqu’à Niort, au Nord jusqu’à Ménigoute, à l’Est jusqu’aux limites de Gençay et au Sud jusqu’à St Génard.

Elle est encore riche de plusieurs milliers de cimetières si quand bien même, par négligence ou méconnaissance de la valeur historique de ce patrimoine spécifique à notre région, un grand nombre de cimetières, remembrement des terres aidant, ont été détruits (1).

(1) Il faut noter que :
- La destruction d’un cimetière, peut être qualifiée de violation de sépulture et en tant que tel être passible du pénal.
- Les cimetières sont des biens inaliénables et non commercialisables.

4. Ressources

Comme précisé dans les statuts de l’association, Les ressources de celle-ci proviennent de cinq origines:
- Les cotisations annuelles de ses membres,
- Les participations aux frais acquittées par les membres de l’association ayant confié à l’association l’entretien et/ou la restauration de leurs cimetières,
- Les dons et
- Les bénéfices de manifestations diverses.
L’association est forte de près de trois cents membres, elle entretient plus de 180 cimetières et en restaure de cinq à dix annuellement.
Elle a été soutenue par le Conseil Régional de Poitou-Charentes qui lui a versé une subvention pour l’ouverture d’un sentier de randonné passant à proximité de cimetières, et, le Conseil Général des Deux-Sèvres qui a financé les travaux d’inventaire réalisés par la faculté des sciences humaines et la DRAC.

En complément consultez l'exposé téléchargeable.